Alain de Botton

Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 2003, pour
L’Art du Voyage, Paris, Mercure de France, 2003

 

Alain de Botton. Photo Niklaus Stauss.Conscient de ses origines helvétiques, mais aussi de sa formation cosmopolite, Alain de Botton écrit en anglais. Ses ouvrages sont traduits en près de trente langues et connaissent un succès certain en de nombreux pays. Cette popularité, rare pour un auteur dans la jeune trentaine, se fonde sur l’originalité d’un regard, une volonté de dépoussiérer l’habituel, qui parle à chacun. Comment dépasser le normalisé pour retrouver l’extraordinaire?

L’Art du Voyage, quelques mois après sa sortie en anglais à fin 2002, paraît en français au début de l’année 2003 au Mercure de France à Paris. Dans cet ouvrage, l’auteur utilise à nouveau la technique des regards croisés – le sien, dans la réalité plate du voyage au quotidien, d’une part, et, d’autre part, ceux des poètes, peintres et écrivains qui ont interrogé l’ailleurs et la volonté de déplacement des hommes, leur motivation et leurs frustrations. Où est la magie du voyage? Comment conjurer notre désir d’être ailleurs par la vision que d’autres ont eu des mêmes lieux? Alors que tout, finalement, n’est que perception de l’instant, prise de distance par rapport au présent et à la banalité de comportements répétitifs?

Apprendre à regarder, savoir rêver, s’ancrer dans l’imaginaire plutôt que décortiquer l’inerte et s’embarrasser d’un corps maladroit, et l’on pourra, comme Xavier de Maistre, faire un plein voyage autour de sa chambre. Dans L’Art du voyage, il est le dernier témoin appelé à la barre, les autres guides de l’auteur s’appelant Huysmans, Baudelaire, Hopper, Flaubert, von Humboldt – l’explorateur des Andes –, Van Gogh, Wordsworth, Burke ou Ruskin. De la confrontation des points de vue et des images – le propos s’appuyant sur des illustrations qui peu à peu prennent l’épaisseur de l’intelligence avec l’enchevêtrement des mémoires – naît un livre à la fois tendre et inattendu, érudit et divers quoique fort précis dans sa démonstration: le voyage est un état d’esprit, une question d’attitude – c’est donc un art plutôt qu’une expérience immédiate. Dès lors, même la banalité des postes d’essence ou des halls de gare révèle la latence d’une découverte à venir, d’un rêve à entreprendre, d’une expérience à inventer. Le voyage devient métaphore de culture, l’homme se créant à partir de l’imaginaire – différent de cet environnement où il va se découvrir, et qu’il va découvrir. Le voyage rejoint le thème de la quête, la plupart du temps celle du bonheur attaché à la vacance et aux vacances. Pour citer l’auteur: "Au bout de deux heures de rêverie ferroviaire, on peut avoir le sentiment d’avoir été rendu à soi-même: c’est-à-dire ramené au contact d’émotions et d’idées importantes pour soi".

C’est ce témoignage en demi-teintes, proche et lointain, portant sur une société contemporaine, la nôtre, où le banal fait le lit du sublime – si l’on veut bien regarder – que la Fondation Charles Veillon a décidé de couronner Prix Européen de l’Essai 2003.

Site web: alaindebotton.com

 

Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :

 

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Publié par la Fondation Veillon le 01 mars 2003