Giorgio Agamben

Prix Européen de l’Essai Charles Veillon 2006
pour l'ensemble de son oeuvre

 

Giorgio AgambenPhilosophique et politique, l’oeuvre subtile et complexe de Giorgio Agamben, né en 1942 à Rome, s’inscrit dans le voisinage intellectuel de Walter Benjamin et de Michel Foucault et veut penser la liberté du sujet dans l’Etat moderne. Comment exister en tant que personne à part entière? Comment échapper à la mainmise du pouvoir sur nos vies, surtout si l’on est dans la demande et la précarité, démuni, malade, toxicomane, dépendant ou réfugié?

A l’opposition politique classique aux institutions dotées du pouvoir de contraindre les corps et les vies, Giorgio Agamben préfère un combat plus intime, seul susceptible désormais de ne pas se retourner contre le sujet qui l’exprime. Pour Agamben, il faut retrouver l’usage de sa vie, y compris et surtout dans les situations les plus désespérées.

Il va chercher du côté de Saint Paul cette puissance de libération. Pour Saint Paul, l’esclave luimême peut, sans heurter frontalement un pouvoir qui le broie, se libérer en faisant non pas "comme si" mais "comme non", comme non esclave. D’une certaine façon, c’est un éloge de la fuite hors de l’identité imposée par les dispositifs de pouvoir. Pour Agamben, l’heure est à l’invention d’une nouvelle forme de combat encore à trouver mais qu’on ne saurait réduire à une révolte solitaire. Le travail sur l’identité est à la fois intime et politique: il s’agit de se rendre "méconnaissable" pour les pouvoirs qui classent, divisent et asservissent.

Avec des accents poétiques, Agamben fait référence à une part impersonnelle qui nous habite, une puissance qui nous dépasse mais avec laquelle nous devons vivre. Les Romains évoquaient un Génie propre à chacun, un principe vital qui ne s’identifie pas complètement au Moi. Selon Agamben, ce Génie bat à nos tempes, il s’exprime dans nos veines, dans ces moments quotidiens et secrets où le Moi assiste à sa débâcle. Le sujet libre à inventer se trouve dans cette zone-là, à la fois inaccessible et puissant.

Cette évocation du Génie ouvre Profanations (Payot-Rivages, 2005), l’ouvrage qui a remporté l’adhésion du Jury de la Fondation Charles Veillon par sa dimension poétique, son érudition et la qualité de son écriture. Le Jury estime également que ce livre peut faciliter l’accès à l’ensemble de l’oeuvre très riche de Giorgio Agamben. Les dix textes brefs et fulgurants rassemblés dans cet ouvrage nous appellent à conquérir une liberté réelle en marge des dispositifs économiques, médiatiques et politiques qui nous dictent nos comportements. Dénonçant le capitalisme extrême qui se donne comme une nouvelle religion inviolable, Giorgio Agamben annonce l’urgence de profaner un tel "improfanable" et d’introduire de la magie et du jeu dans nos vies étriquées.

Allocutions, laudatio et conférence du lauréat :

 

 

 

Publié par la Fondation Veillon le 01 mars 2006